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Zakia Ahmed

Anthropologie sociale, identité, résistance et créolisation Indianocéane

Zakia Ahmed est bientôt docteur (INALCO) en Anthropologie sociale et travaille sur des pratiques identitaires de résistances chez des femmes Mahoraises à la Réunion. Cet exercice se fait habituellement via un enregistrement vidéo. Exceptionnellement nous avons été contraints de le faire par écrit !

            Je m’appelle Zakia Ahmed, je suis réunionnaise d’origine mahoraise. Je réalise une recherche sur les rituels de la grossesse et les traitements thérapeutiques lors de la maternité des femmes mahoraises à la Réunion.

Je suis actuellement en fin de thèse d’anthropologie sociale à l’INALCO. Il s’agit de l’Institut national des langues et civilisations orientales fondé par Colbert. C’est une institution spécialisée dans l’enseignement des langues orientales, européennes et africaines. Au sein de cet institut, j’effectue mon doctorat dans le laboratoire Afrique-Océan Indien.

J’ai grandi et vécu à l’île de La Réunion. C’est dans cet espace insulaire niché dans l’océan Indien occidental que j’ai effectué ma scolarité jusqu’à l’université. C’est aussi à La Réunion que je me suis passionnée pour l’anthropologie sociale.  Avant la colonisation française, l’île de La Réunion a été cartographié, nommé par des marins Arabes, puis des navigateurs Portugais. Le peuplement définitif de l’île a été impulsé par la colonisation française. La société réunionnaise a été construite par des groupes socioculturels venus des quatre coins du globe. Ceci a donné une population Créole et une société multiculturelle à l’image de ces différents courants migratoires. Parmi eux, il existe une présence originaire des quatre îles de l’archipel Comorien.

Le choix des rites des naissances hors maternité : résistance et préservation d’une identité dans un monde créole ?

Pourquoi s’intéresser aux pratiques socioculturelles lors de la grossesse et la maternité ? L’une des premières motivations est la curiosité, l’envie de comprendre d’où venaient ces gestes et façons de faire. Au quotidien, j’assistais à ces pratiques au sein de ma famille maternelle, mais aussi chez d’autres familles lorsque je rendais visite à des amis Mahorais. Enfant, lorsque je posais des questions à mes proches, j’avais peu de réponses. Souvent, les ainées me répondaient que je comprendrais à l’âge adulte, quand je serais à mon tour mère.

Tout au long de mon enfance et jusqu’à l’âge adulte, je m’interrogeai donc sur ce mode de vie des personnes originaires de Mayotte à La Réunion. Je me questionnais aussi sur la transmission de ces normes et valeurs entre adultes et enfants.

Un autre élément a influencé mon choix pour cet objet d’étude, ce sont les connaissances botaniques et thérapeutiques des femmes originaires de Mayotte. Ces savoirs concernant la flore réunionnaise sont importés d’un mode de vie agricole. Lors de promenades, mes proches identifiaient l’ensemble des plantes et herbacées qu’elles rencontraient. J’étais fascinée par leurs connaissances sur l’environnement naturel.

Choix du doctorat en anthropologie sociale ?

À l’université de La Réunion, j’ai débuté mes études par l’ethnologie. Ensuite, j’ai effectué mes Master 1 et 2 en anthropologie. Au cours de la maîtrise, j’ai réalisé une étude sur les cultes de transe de possession au sein de l’archipel des Comores. Mon hypothèse de départ était que ces rites étaient un moyen de rendre hommage aux ancêtres et aux défunts. À la suite de mon master 2, j’ai rencontré des difficultés pour trouver un(e) directeur/directrice de recherche de thèse avec qui poursuivre sur cette problématique de l’ancestralité.

Grâce à ma directrice de thèse actuelle, je continue mes recherches sur les pratiques identitaires des personnes originaires de Mayotte. Lorsque j’ai débuté mes recherches, j’étais heureuse de voir l’ensemble des travaux en histoire, archéologie, linguistique et autres disciplines des sciences humaines sur l’archipel Comorien. En revanche, la thématique des gestes au cours de la maternité et celle des savoir-faire féminin n’ont pas été étudiées. À mon sens, ces savoirs de femmes pour des problématiques féminines méritent des recherches larges et poussées en anthropologie sociale. Mes recherches ambitionnent donc de montrer l’importance de ces façons de faire et gestes de la naissance et de la petite enfance. Un pan de notre identité se joue à ce stade.  Ces pratiques déterminent ce que nous devenons. En outre, ces pratiques identitaires sont un patrimoine culturel qui permet aux femmes d’être autonomes dans leur rapport au corps, à leur santé reproductive et en puériculture. À partir de la retranscription des ethnographies, ces pratiques sont insérées dans le contexte de vie quotidienne des familles originaires de Mayotte à La Réunion.

Finalisation et soutenance du Doctorat

Actuellement, je suis dans la phase de rédaction. J’ai déjà avancé sur des parties importantes de la thèse. J’espère terminer bientôt cette phase de rédaction afin de pouvoir me consacrer à la relecture et aux corrections.

J’ai aussi participé à un ensemble de manifestations scientifiques (colloques, séminaires, festival) pour diffuser ma recherche. J’ai également débuté la publication d’articles dans de revues scientifiques.

Objectif de la thèse 

L’un des premiers objectifs de la thèse est d’apporter un travail de recherche sur l’un des groupes socioculturels de la population réunionnaise encore peu étudié par l’anthropologie sociale. Jusqu’à présent, les travaux sur les originaires des Comores à La Réunion ont été en science de l’éducation, sociologie et histoire. La problématique de ces travaux se situe sur l’insertion ou encore, l’adaptation de ce groupe par rapport au modèle normatif Français diffusé à La Réunion. Ces travaux évoquent notamment la question de l’intégration dans le tissu socioéconomique par l’exercice d’une activité professionnelle. A mon sens, les hypothèses de départ sont biaisées. D’une part, ces travaux tentent de diviser la population réunionnaise en plusieurs catégories hermétiques. D’autre part, les enfants d’origine mahoraises ne sont pas les seules à rencontrer des difficultés et échecs scolaires. L’ensemble des catégories socioéconomiques modestes de la population réunionnaise se heurte aux mêmes maux sociologiques. Ces problématiques réunionnaises s’expliquent aisément par son histoire et son ancien système économique, liée à l’exploitation des esclaves puis la colonisation française. Aujourd’hui, les catégories modestes sont celles qui ont été au plus bas de l’échelle sociale de ces anciens systèmes. Il y a une sortie de continuité sociologique dans la transmission d’une condition sociale de dénuement.

Ce travail de thèse en anthropologie permettra aux lecteurs et lectrices d’appréhender et de comprendre le mode de vie des originaires de Mayotte. Ma recherche de thèse permet aussi à l’ensemble de la population réunionnaise de prendre conscience de la richesse culturelle d’une partie de leur ancêtre venu de l’archipel Comorien. Les réunionnais originaire de Mayotte ont et participe à la créolisation de La Réunion. Edouard Glissant intellectuel et poète Martiniquais donne la définition suivante du processus de créolisation: “La créolisation est la mise en contact de plusieurs cultures ou au moins de plusieurs éléments de cultures distinctes, dans un endroit du monde, avec pour résultante une donnée nouvelle, totalement imprévisible par rapport à la somme ou à la simple synthèse de ces éléments”.

Pour ma part, j’observe la situation politique de l’archipel Comorien et les revendications de Mayotte à partir de ma posture d’anthropologue. Je suis et me définit d’abord en tant que chercheuse en anthropologie. Ma position politique est celle du panafricanisme.

Par ailleurs comme le démontre l’ensemble des travaux, les différents espaces insulaires du sud- ouest de l’océan Indien occidental sont un continuum socioculturel. Les langues parlaient par les Mahorais appartiennent aussi bien aux langues bantu est-africaines qu’à la langue malgache. Des mythes et croyances se retrouvent aussi bien à Madagascar, à La Réunion qu’en Afrique de l’est ou encore dans des récits arabo-Perses.

Poser les bases pour d’autres recherches en anthropologie sociale sur les pratiques identitaires à La Réunion ainsi que dans l’archipel des Comores reste également l’ambitionne que porte ce travail. J’aimerais poursuivre cette recherche sur ces savoirs féminins en comparant les pratiques entre les quatre îles Comoriennes.

Mon sujet de recherche est vaste, ceci explique pourquoi j’ai fait le choix de me consacrer dans un premier temps aux réunionnais d’origine mahoraise.

J’ambitionne de faire une recherche de post-doctorat aux Etats-Unis, ou en Afrique du Sud ou bien au Kenya. Par la suite, j’aimerais enseigner aussi à l’université de La Réunion ou bien, Etats-Unis, ou en Afrique du Sud ou bien au Kenya.

Publication en cours 

Cette année, je me consacre uniquement à la rédaction. En revanche, j’ai publié les articles suivants :

  • Ahmed Zakia, « Transmission des savoirs et des techniques du corps en périnatalité. Les soins traditionnels du post-partum des femmes mahoraises et de leur bébé », Spirale, 2018/3 (N° 87), p. 56-63. DOI : 10.3917/spi.087.0056. URL : https://www.cairn.info/revue-spirale-2018-3-page-56.htm
  • Ahmed, Zakia, 2017, «Le « sahani ya madjini », un élément identitaire de la pratique religieuse domestique et matérialisation de l’alliance avec les aïeux défunts», Strathèse, 5/ 2017. Identités plurielles, Strasbourg : Presses universitaires de Strasbourg, URL : https://strathese.unistra.fr:443/strathese/index.php?id=1096

Daniel Fahad

A étudié à Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD)

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