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Entre FC, KMF Et Riali ; Quelle Est L’unité Monétaire Des Comoriens ?

Entre FC, KMF et Riali ; quelle est l’unité monétaire des Comoriens ?

La Banque Centrale des Comores (BCC) et Exim Bank libellent … en FC.

Alors que la SNPSF … en KMF.

La BIC-Comores …. en BP KMF…

« L’Unité monétaire de la  République est le franc comorien (FC) dont la valeur est fixée par les Accords auxquels la République est partie » (allusion à l’appartenance des Comores à la zone franc) (Art 2 loi cadre N°80 – 08 du 26 juin 1980). Tous les documents financiers du Gouvernement et notamment du Ministère des Finances sont libellés en francs comoriens (FC). La Banque Centrale des Comores (BCC) et Exim Bank libellent la valeur de leur chéquier en chiffres en FC. Alors que la SNPSF le libelle en KMF. La BIC-Comores fait précéder la valeur de son chéquier en chiffres de BP KMF : c’est-à-dire Bon Pour des francs comoriens, KMF étant la transcription normative du franc comorien. Nous expliquerons plus loin l’origine, la signification et l’usage du KMF). Les agences de voyage, émettant des titres internationaux de transport telles que celles qui délivrent les billetsou tickets de  Kenya Air Ways, Air Austral…les libellent en KMF. Sur nos marchés locaux, les agents économiques échangent des francs comoriens en comptant en RIALI. Or, la monnaie symbolisant le RIALI a disparu des Comores depuis le XVème siècle. Par ailleurs, les billets de banque ainsi que les pièces de monnaie émis par la Banque centrale que nous avons dans nos portefeuilles sont tout simplement libellés en francs (dix mille, cinq mille, deux mille, mille, cinq cents, cents, cinquante et vingt cinq) sans aucune distinction (vous pouvez le vérifier).

Comment s’y retrouve-t-on ?

Chaque dénomination d’unité monétaire FC, RIALI et KMF résulte d’une civilisation monétaire de plusieurs années (FC) voire même de plusieurs siècles (RIALI) et de relations-monde dans les échanges commerciaux  et bancaires (KMF).

FC : Franc Ahmed Abdallah, Franc Djohar

Le Franc Comorien (FC) est l’unité monétaire moderne actuelle de l’Union des Comores. En réalité, on devrait l’appeler le Nouveau Franc comorien depuis le 11 janvier 1994, date de sa dévaluation de 33⅓  par rapport au Franc français (1FF = 75 FC). Car le FC précédent créé officiellement le 31 décembre 1974 (date de la fondation de l’Institut d’Emission des Comores en tant qu’agence de coopération monétaire de la Banque de France) et garanti par l’Accord de coopération monétaire avec la France du 23 novembre 1979) avait une parité de 1 FF pour 50 FC. Ce franc Ahmed Abdallah (1FF = 50 FC) par opposition au Franc Djohar (1 FF = 75 FC) avait un ancêtre : c’est le franc Said Ali Ben Said Omar (entre 1885 et 1914). En effet, le Sultan Thibé de la Grande-Comore avait fait émettre par la monnaie de Paris, une monnaie locale de 10 et 5 centimes (petite monnaie) et de 5 francs (grosse monnaie) en 1890 et 1891, années où la Grande Comore était en état de rébellion et sous la protection de la France depuis le traité de Protectorat de 1886. Le franc Said Ali fut un actif accepté par ses contemporains pour le règlement des dettes nées de l’échange et toléré par le Protectorat (ce qui ne fut pas le cas dans d’autres contrées – voir sur le net et YouTube gratuitement le film autrichien de Egger URS « la monnaie miraculeuse » – 2018). Le franc Said Ali disparait en 1908 avec la souveraineté insulaire (pour en savoir plus, lire notre ouvrage « le franc comorien » – Editions L’Harmattan – 2003, Paris). Aujourd’hui, les billets de banque et les pièces émis par la Banque centrale des Comores (BCC) ne portent toujours pas la mention de « francs comoriens », mais de francs seulement. Ce procédé relève – t’il d’une survivance de l’assimilation monétaire séculaire qui daterait de 1670 ? (date de naissance de fait de la zone franc (opus citation « franc comorien » P 126).

Si le Thibé Said Ali Ben Said Omar ressuscitait aujourd’hui, il croirait que le temps monétaire est figé

Sans doute. Mais, toujours est-il que les billets et pièces de l’euro-France portent la mention EURO (même s’il reste au singulier à la suite d’une note explicative de la Banque de France).  Et ceux des deux F CFA de l’ L’Afrique de l’Ouest comme de l’Afrique centrale, l’inscription de F CFA. Alors que les trois monnaies poursuivent leur coopération : elles sont fabriquées dans les mêmes usines par le même personnel. Elles portent les mêmes signes de couleurs et de sécurité. Si le Thibé Said Ali Ben Said Omar ressuscitait aujourd’hui il croirait que le temps monétaire est figé. Et que le Conseil d’Administration de l’Institut d’Emission, organe qui décide souverainement et en toute indépendance des signes monétaires, continue de juger que les francs qui circulent à l’Union des Comores n’ont pas besoin de porter la mention de francs comoriens.  Pourquoi le franc comorien fait exception au sein de la zone Franc ? Peut être qu’un jour la Banque centrale publiera une note explicative sur cette absence d’inscription. Pour l’heure, les Comores ont donc fait le choix  pays de ne pas préciser l’unité de leur monnaie sur les signes de paiement. Et cela dure depuis des siècles et ne perturbe pas outre mesure les Comoriens des Sultanats comme ceux de la période de l’Indépendance. Le FC, symbole local, n’est pas la seule appellation unitaire de la monnaie en Union des Comores. Subsiste encore le RIALI. Cependant, la première comprend 100 centimes alors que l’unité du RIALI est la pièce de 5 FC, aujourd’hui invisible, dont le vocable est rappelé à chaque transaction monétaire.

Riali

Les Comoriens maintiennent la dénomination et le comptage du Riali depuis le XVème  siècle. Nous avons indiqué dans notre ouvrage (p 78), les monnaies en usage aux Comores avant le Riali à savoir  les dinars d’or et dirhams d’argent du Califat de Damas au VIIIème  siècle puis du Xème siècle. Au Moyen-Age, les dinars d’or fatimides du Caire rapportés par les Emirs de Kilwa Kissiwani, ville située au nord du Mozambique, suzerains des iles Comores. Le Riali introduit aux Comores au XVème siècle est l’unité de la piastre de 8 réaux (réales) de Charles IV d’Espagne, appelé également thaler d’Espagne. Pour remédier au manque de petites monnaies, le Royaume fabriqua des pièces de 4 réaux, (1/2 piastre), 2 réaux (1/4 de piastre) et 1 réal (1/8 de piastre qui donnera le thoumouni ou thamania en arabe, le huit). L’empire colonial espagnol s’effondra au début de XIXème siècle. Le monnayage espagnol comme système mondial disparut. Mais, subsiste aux Comores, au XIXème siècle, la piastre indépendante du Mexique, du Pérou, de Bolivie, avec les roupies indiennes en provenance de Zanzibar par Madagascar, Bombay et le thaler autrichien de Marie-Thérèse d’Autriche (1740 – 1780). Cependant, les Comoriens conservent la division octuor de la piastre. La pièce française de 5 F, première pièce française touchée par les Comoriens, est introduite dans les iles Comores. Les iliens l’appellent piastre ; parce qu’ayant la même valeur que la piastre hispano-latino-américaine. C’est la grande mutation monétaire civilisationnelle : appelée Riali, la pièce de 5 F, qu’elle soit du règne de Napoléon 1er, de la IIIème République, de Poincaré, des Colonies françaises d’Afrique ou de l’Union des Comores. Les Comoriens ne voient plus ni les piastres de 8 réales, ni les pièces de 5 F. Leurs signes monétaires ont cessé d’exister.

Ils sont invisibles. Mais,  ils continuent tout de même à penser et à compter en Riali ; alors qu’ils ont des francs comoriens entre leurs mains. C’est comme si les inscriptions portées sur les billets de banque et pièces qu’ils échangent ne les intéressaient pas. Elles leur sont étrangères. Seul compte ce qu’ils ont convenu de comprendre, d’accepter et de transmettre de génération en génération depuis le XVème siècle. Ce phénomène existe également au Maroc. Celui-ci a utilisé le Rial espagnol et lui a attribué l’équivalent de 5 francs français (par l’Algérie également), Hassani, marocains puis centimes de dirham marocain (MAD, dirham marocain créé en 1960 suivant le dahir – décret du 17 octobre 1959). Aujourd’hui, une partie de la population du Maroc, à l’oral et pour les achats quotidiens continue à penser et à s’exprimer en fonction du rial marocain ; alors que l’Hôtel des monnaies du Maroc ne les émet plus. C’est un comportement bien étrange. Les Comoriens ont utilisé plusieurs monnayages dans leur existence. Pourquoi  demeurent-ils encore attachés au Riali comme unité monétaire ? Le Riali n’est pas fabriqué à Chamalières (en France près de Clermont Ferrant) comme les francs en usage aux Comores (certains bels esprits voudraient qu’il soit fabriqué à l’Imprimerie Nationale alors que nous rencontrons beaucoup de difficultés à tenir un fichier Unique de l’Etat Civil).

KMF

KMF est la transcription normative du franc comorien (FC) attribuée depuis 1975 par l’Organisation Internationale de Normalisation – en anglais International Classification Standards – ISO. Cette dernière définit le code de devise par trois lettres (KMF – ISO 4217) pour distinguer au niveau international les noms de devises et plus particulièrement pour les Comores de ceux des différents francs : francs burundais (CDF), francs guinéens (GNF), francs rwandais (RWF), francs suisses (CHF), … KM est le code alphabétique des Comores selon la norme ISO 3166 – 1. KM est le code alphabétique des documents des Comores à la BAD, à la Banque mondiale, au FMI, …. L’organisation Internationale de Normalisation a même prévu un code KM – A pour Anjouan, KM – G pour la Grande – Comore et KM – M pour Mohéli dans le cadre de l’autonomie des iles (ou subdivisions administratives du territoire) (ISO 3166 – 2). Enfin, la troisième lettre qui est le F de KMF est l’initial du nom de devise pour le cas de l’Union des Comores : le franc comorien. C’est ainsi que le KMF est devenu le code de l’unité monétaire des Comores dans les finances, les banques, les documents bancaires et le système monétaire mondial.

En fait, les Comoriens utilisent les 3 unités monétaires simultanément : le KMF dans ses relations avec l’extérieur, le franc comorien (FC) dans l’univers et la culture de la Francophonie et de l’Arabie (inscriptions arabes sur les signes monétaires de paiement) et le Riali dans la civilisation autochtone. Le fonctionnement et le comptage de cette dernière monnaie non frappée sont  didactiques.  Ils sont transmis sans formalisation. Ils ne figurent pas aux programmes scolaires d’éducation nationale.

Abal Anrabe ABDOU CHACOUROU

Economiste et Docteur en Finances Publiques (Université d’Aix – Marseille). Il a travaillé avec la BAD pendant 22 ans en qualité d’Administrateur suppléant, Conseiller et Consultant. Il a exercé aux Comores les fonctions de Directeur des finances de Ngazidja, de Contrôleur financier unique de l’Etat, de TPG, de Conseiller Technique de 7 ministres des Finances, de Conseiller technique d’un Chef d’Etat, de Commissaire général au Plan et en même temps d’enseignant de finances Publiques en Master 1 et 2 à l’Université des Comores . Il a animé plusieurs émissions à la radio et à la télévision portant sur l’économie et la monnaie aux Comores. Il a publié de nombreux articles sur les finances et l’économie des Comores. Il a écrit 2 ouvrages publiés chez l’Harmattan, intitulés respectivement le contrôle des finances publiques aux Comores en 1993 et le franc comorien en 2003. Il a représenté le Ministère des finances dans les conseils d’administration de la BCC et de la BIC pendant de nombreuses années et a siégé pendant 5 ans au Conseil d’administration de la BDC (Banque De Développement). Il est Consultant senior expert en Gouvernance et finances publiques (PhD – 1990).

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