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COMORES, CONTREFAÇON MONETAIRE IMPOSSIBLE / DIFFICILE

COMORES, CONTREFAÇON MONETAIRE IMPOSSIBLE / DIFFICILE

Les premières pièces de monnaie connues, sont apparues au VIème siècle avant J.C, en Lydie (des statères lydiens d’électrum, du roi Cygès, 690 – 650 avant J.C) en Grèce antique. Les pièces étaient de simples globules en électrum (alliage d’or et d’argent) marqués du dessin indiquant le lieu de fabrication. Des pièces chinoises auraient été émises vers 770 avant J.C (dynastie Tchéou). L’empire de Chine échangeait du papier monnaie au Xème siècle avant J.C. Les Comoriens utilisaient des dinars d’or et dirhams d’argent omeyades au VIIIème siècle puis des dinars d’or fatimides du Caire du Xème au XIVème siècle.

Survient dans l’Archipel, jusqu’à la fin du XIXème siècle, le monnayage européen : réales espagnoles (piastres de 8 réales), pièces portugaises, roupies de l’Inde anglaise, thalers autrichiens de Marie Thérèse et francs de France. La relative prospérité des cotes comoriennes, attiraient corsaires, pirates et forbans (lire Jean Martin : Comores, quatre îles entre pirates et planteurs. L’Harmattan, 1984), mais jamais les célèbres faussaires de monnaie comme l’allemand Carl Wilhelm Becker (XVIIIème siècle), le grec Constantin Cristodoulos ou l’italien Gigal (XIXème siècle). En ce temps – là, la contrefaçon était grossière et facilement reconnaissable par les experts. Cela n’a pas empêché des pays comme le Liban, la Turquie, l’Irak, la Syrie et plus tard, la Grèce, l’Italie, les Pays–bas de développer la contrefaçon monétaire.

1908 : franc français

1925 : franc colonial de Madagascar

1945 : franc CFA

1960 : franc CFA des Comores uniquement

1980 : franc comorien

A partir de 1908, toutes les pièces de monnaie et billets de banque des Comores seront fabriqués en France (le style école française est défini selon 3 critères incontournables : le billet est un tableautin, il est entouré d’une marge blanche, sa coloration est forte grâce à l’utilisation intensive de l’encre offset et de l’encre taille – douce qui souligne la couleur et les formes), à l’exception des périodes de conflits, 1ère et 2ème guerres mondiales. Ils bénéficient des meilleures techniques de fabrication et de sécurité. Ils échappent ainsi aux étonnantes capacités d’adaptation, d’innovation et de perversité des faux–monnayeurs. A partir de 1925, circulent sur le territoire des Comores, des billets de la Banque de Madagascar et des Comores. Suite à l’indépendance de la grande île, en 1960, les Comores ne partagent plus la circulation de sa monnaie avec un autre pays. Cette réduction successive d’espace de circulation de la monnaie en usage aux Comores (1908 : franc français; 1925 : franc colonial de Madagascar; 1945 : franc CFA; 1960 : franc CFA des Comores uniquement et 1980 : franc comorien) affecte le domaine de la fraude et contribue à décourager les grandes organisations criminelles. A l’avènement de l’indépendance, en 1975, les autorités politiques, narguant les éventuels faussaires reprennent les vignettes de l’époque coloniale de l’Autonomie interne et les surchargent de la mention, Comores, en caractères rouges (drôle de façon de distinguer la monnaie d’avant l’indépendance et d’après l’indépendance). Les billets de 500 et de 1000 FC d’aujourd’hui, sont institués en 1976. Ils portent des inconnus, en réalité, des portraits émis par l’ancienne puissante société de Bambao. Cependant, la Banque Centrale des Comores demeure vigilante ; à la frappe d’origine, elle rajoute régulièrement, de nouveaux symboles (des variétés) compliquant un peu plus l’activité des contrefacteurs.

L’an 2000, 1er Faux franc comorien

Les Comoriens découvrent, entendent parler, pour la première fois, du faux franc comorien, en l’an 2000. En juillet, 2001, des personnalités politiques (Secrétaire Général  et Conseiller politique de la Présidence de la République) accusées de complicité avec des trafiquants de faux billets de francs comoriens sont relâchées pour insuffisance de charge. Le procureur de la République ne disposait qu’un seul exemplaire de faux billet alors que l’on parlait d’un faux monnayage de 7 milliards de francs comoriens.

Cependant, le 16 septembre 2002 (Al watan n°743 du 22/09/2002), le tribunal de Moroni condamne le nommé Ibrahim Hamidou, originaire de Nioumadzaha Bambao, à des peines d’emprisonnement d’un an dont 6, mois fermes, pour trafic de faux billets de francs comoriens. En effet, le condamné est surpris l’après–midi du mardi 14 septembre 2002, dans le village de Bambadjani, dans la région de Hamahamet (au Nord), à la Grande-Comore, en train d’écouler de faux billets de 10 000 FC, par la Gendarmerie de Mbeni. L’échange ne portait que sur quatre billets de 10 000 FC  récupérés par le parquet.

Le 6 mars 2003, le même tribunal, siégeant suivant la procédure de flagrant délit de vente de faux billets de banque, condamne Mr Abdillah Ibrahim (sans doute, le même Ibrahim du 16 septembre 2002) à sept ans d’emprisonnement dont trois fermes et une amende de cinquante mille francs comoriens, Mr Abdou Mmadi à cinq années de sursis et dix huit mois d’emprisonnement fermes et d’une amende de cinquante mille francs comoriens et Mr Mohamed Amada, à six mois de prison fermes, cinq années d’emprisonnement avec sursis et une amande de cinquante mille francs comoriens (le Tribunal a ordonné la destruction des onze faux billets de 10 000 FC, saisis).

L’échange euro/FC est la seule opération d’échange gratuite au monde (à l’achat comme à la vente)

Les larcins ignorent, sans doute que le billet de 10 000 FC (émis en 1997), est aujourd’hui, le plus difficile à reproduire. Les signes d’obstacles sont, entre autres : le filigrane (dessin imprimé dans le papier, apparaissant en transparence), la taille–douce (l’encre utilisé crée un relief perceptif au toucher), le papier teinté (le papier du billet de 10 000 FC reprend dans sa pâte des tons difficiles à imiter et une couleur dominante), motifs à couleur changeante, le fil de sécurité (il est inséré dans l’épaisseur du papier et s’observe par transparence ; il comporte une information magnétique codée), l’hologramme (présent sous forme de bande), les encres à effets d’optique (changement de couleur lorsqu’on incline le billet), la vision par transparence (superposition de deux motifs complémentaires, par transparence, les deux motifs se complètent pour reconstituer le motif entier), microlettres visibles à la loupe, strap à système de transfert antiphotocopie, … D’autres signes de sécurité sont incorporés. Si d’aventure, les contrefacteurs arrivent à les imiter en totalité, qu’ils sachent que d’autres techniques inédites et sécrètes y sont incorporées. Aux Comores, le faux monnayage concerne surtout les devises étrangères. Actuellement, les experts estiment que la fausse monnaie représente 1 pour 10 000, de la masse monétaire authentique en circulation dont 20 milliards de faux dollars US. Les faussaires de la planète recherchent, surtout les grosses coupures de dollars, de francs suisses et aujourd’hui d’euros. Pour l’instant, les billets en euros ne sont pas contrefaits (ils sont parmi les meilleurs du monde, dixit la banque Centrale Européenne). Cependant, pour davantage de sécurité, nous conseillons aux détenteurs de billets d’euros, opérant sur le territoire de l’Union des Comores, de les échanger contre des francs comoriens, aussi rapidement qu’ils le peuvent. L’échange euro/FC est la seule opération d’échange gratuite au monde (à l’achat comme à la vente).

« … les gens se connaissent presque tous aux Comores, … Tout porteur de fausse monnaie est identifiée rapidement, qu’il soit étranger au village ou au quartier »

Nous estimons que toute opération de faux monnayage de francs comoriens (FC) sera toujours de petite envergure pour les raisons suivantes :  le FC ne circule que sur le territoire de l’Union des Comores, il n’est donc pas convertible ni à Paris, ni à Francfort, ni auprès des autres banques centrales européennes, la fabrication de faux billets requiert de lourds investissements technologiques et financiers que les promoteurs ne sont pas sur de pouvoir rentabiliser ; le marché comorien est réduit, la BIC–C (Banque pour l’Industrie et le Commerce – Comores) collecte 80 % des liquidités des Comores. Elle constitue un poste avancé de contrôle de la Banque Centrale. Elle gère environ trois mille comptes. Elle entretient des relations très étroites avec ses clients. Tout versement en masse de faux billets serait détecté par le système de contrôle et, enfin, les gens se connaissent presque tous aux Comores, dans les villages, en campagne comme en ville. Tout porteur de fausse monnaie est identifiée rapidement, qu’il soit étranger au village ou au quartier.

A notre avis, une grande opération de fausse monnaie, aux Comores, est vouée à l’échec. Si, la fausse monnaie se révèle importante, la banque Centrale peut faire fabriquer rapidement de nouvelles coupures. L’émission d’un nouveau billet de banque coûte environ 150 millions de francs comoriens.

Abal Anrabe ABDOU CHACOUROU

Economiste et Docteur en Finances Publiques (Université d’Aix – Marseille). Il a travaillé avec la BAD pendant 22 ans en qualité d’Administrateur suppléant, Conseiller et Consultant. Il a exercé aux Comores les fonctions de Directeur des finances de Ngazidja, de Contrôleur financier unique de l’Etat, de TPG, de Conseiller Technique de 7 ministres des Finances, de Conseiller technique d’un Chef d’Etat, de Commissaire général au Plan et en même temps d’enseignant de finances Publiques en Master 1 et 2 à l’Université des Comores . Il a animé plusieurs émissions à la radio et à la télévision portant sur l’économie et la monnaie aux Comores. Il a publié de nombreux articles sur les finances et l’économie des Comores. Il a écrit 2 ouvrages publiés chez l’Harmattan, intitulés respectivement le contrôle des finances publiques aux Comores en 1993 et le franc comorien en 2003. Il a représenté le Ministère des finances dans les conseils d’administration de la BCC et de la BIC pendant de nombreuses années et a siégé pendant 5 ans au Conseil d’administration de la BDC (Banque De Développement). Il est Consultant senior expert en Gouvernance et finances publiques (PhD – 1990).

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