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IRRIGATION

L’irrigation et les activités agricoles aux Comores

Aux Comores, l’irrigation pourrait être  un des facteurs primordiaux pour une agriculture économiquement rentable. Cet article examine les méthodes d’irrigation les plus efficace et propose des stratégies de mise en œuvre pour un développement agricole aux Comores. Ecrit par Saadi Hikimat

L’agriculture étant un secteur essentiel dans un pays pauvre comme les Comores, l’irrigation [1]des terres devrait être une des politiques agricoles pour l’amélioration des rendements. Dans l’archipel des Comores, l’alimentation en eau potable des populations s’effectue essentiellement sur les ressources en eau de surface pour les deux iles (Anjouan et Mohéli) contrairement à la grande Comores, qui repose sur l’exploitation des eaux souterraines et des eaux pluviales. Les potentialités hydrographiques sont très différentes d’une île à l’autre. Les ressources hydriques sont disponibles en quantité relativement importante à Anjouan et à Mohéli où de nombreux cours d’eau coulent en permanence même s’ils sont en nette diminution et donc devenus temporaires. Au cours de ces dernières années, la demande en eau douce est de plus en plus forte, non seulement pour la boisson mais surtout pour l’agriculture. Cette demande liée à l’accroissement démographique, au changement climatique et au développement économique, engendre une forte pression sur la ressource. Nous assistons également aujourd’hui l’abandon et la rareté des rivières initialement exploitées par les populations locales du fait de la présence en concentration très élevée de déchets déversées. Inévitablement une rareté aussi intensive de l’eau pour l’agriculture diminue la productivité.

Force est de constater que malgré l’abondance des précipitations moyennes annuelles[2] entre 2 000 mm et 4 000 mm qui arrosent l’archipel chaque année, le niveau d’accès à l’eau potable reste Très faible surtout pour l’agriculture. C’est ainsi que le développement des techniques d’irrigation modernes occupe une étape essentiel à valoriser et vulgariser auprès des agriculteurs pour une augmentation de rendement agricole. Ils pourraient avoir pour objectif d’utiliser au mieux l’eau d’une part, surtout l’eau de pluie qui se déverse chaque année, et d’autre part les terres de façon à renforcer durablement la production agricole.

L’irrigation tributaire  au type de sol, il faut souligner que les sols fréquemment rencontrés aux Comores sont des sols minéraux peu évolués, des andosols (sols volcaniques jeunes), les sols bruns évolués et les sols ferralitiques.

Dans cet optique, notre réflexion nous mène à diverses interrogations sur la situation de l’irrigation, notamment : Y-a-t-il un développement endogène de l’irrigation aux Comores ? Quelles sont les expériences de recherche de développement dans le domaine ? Quelles sont les modes d’irrigation les plus productives, ses avantages et contraintes ? Quelles sont les limites de l’irrigation et les possibles impacts environnementaux ?

Ainsi ces interrogations, nous poussent à aborder notre réflexion premièrement par les conditions géo-climatique des Comores, suivi des méthodes d’irrigations existantes et enfin les raisons du retard des Comores sur l’irrigation.

Mots clès : Irrigation, eau, agriculture, Comores

Caractéristiques climato-géophysique des Comores : des atouts inexploités  

Les Comores est un archipel d’origine volcanique, qui  se situe à l’entrée nord du canal de Mozambique entre l’Afrique et Madagascar et entre l’équateur et le tropique sud. Il est composé de quatre îles, la Grande Comore, Mohéli, Anjouan et Mayotte ; distantes entre elles de 40 à 80 km.

Le climat est de type tropical humide à deux grandes saisons, l’une sèche et « fraîche » (mai-octobre), dans laquelle les alizés du sud-est prédominent et l’autre humide et chaude (novembre-avril), lorsque la mousson du nord-ouest prévaut. Les températures fluctuent entre des minimas de 15°C et des maximas de 33°C. La pluviométrie annuelle varie entre 2 000 mm et 4 000 mm.

L’île de la Grande Comore est la plus arrosée des quatre îles de l’archipel des Comores. La pluviométrie moyenne annuelle varie de 1.500 mm/an à 2.500 mm/an[3]augmentant avec l’altitude et sur les versants ouest de l’île. L’insolation est forte, en moyenne de 2 600 heures par année. Il existe à l’intérieur de chaque île des microclimats résultants des facteurs tels que la pluviométrie, l’exposition aux vents dominants, l’altitude et la topographie. On distingue des zones à climat sec et des zones à climat plus humide[4] .

L’aptitude des sols à l’irrigation dépend de plusieurs facteurs :

– la profondeur et capacité de rétention (quantité d’eau retenue disponible pour les plantes après l’arrêt des pluies ou de l’irrigation);

– la perméabilité ou vitesse d’infiltration (3): [5]une perméabilité élevée facilite l’aspersion ou l’arrosage à la raie, mais constitue par contre un facteur de gaspillage d’eau (pour le riz notamment);

– la fertilité organo-minérale : si les sols sont très pauvres en matière organique et en sels minéraux, il sera nécessaire d’apporter une fumure de fond coûteuse ;

– la sensibilité à l’érosion : les sols résistant mal à l’érosion (limons sableux en particulier) sont difficiles à irriguer, et entraine des problèmes de résistance des canaux à l’érosion.

La cartographie des sols comoriens et de leurs aptitudes agricoles a mis en évidence trois principaux types de sols liés au type de pédogenèse. On distingue ainsi :

a) les sols ferralitiques présentant un intérêt agronomique limité suite au faible niveau de fertilité.

b) les sols bruns, riches, mais à épaisseur limitée et porosité élevée. Ces sols sont caractérisés par la présence d’argiles gonflantes et occasionnent, en saison sèche, de larges fentes de retrait. Ils sont bien représentés à Anjouan et à Mohéli.

c) Les andosols se développent essentiellement sur matériau volcanique de la phase récente. Ils sont caractérisés par une porosité pouvant atteindre 90 %, une forte teneur en matière organique, une perméabilité élevée, contrairement aux autres sols. Ces sols sont majoritaires en Grande-Comore et sont également très bien représentés aux autres îles.

Malgré ces contraintes, la majorité de ces sols offrent des aptitudes culturales remarquables parce que, à texture pas trop lourde (limoneux à limono-sableux) en profondeur, très riches en matière organique, possèdent des réserves importantes en éléments nutritifs tels que phosphore, potassium, calcium et magnésium et peu acides. Ils sont favorables à une large gamme de cultures : vivrières, maraîchères, industrielles (vanille, girofle, ylang-ylang), arbustives et arborées ainsi qu’au pâturage.

Les techniques d’irrigation aux Comores comme ailleurs

Aux Comores, le secteur agricole est un secteur clé pour la subsistance, l’économie et l’emploi. Il contribue pour environ[6] 46% du PIB, 57% des emplois et près de 90% des recettes d’exportation. La production vivrière est constituée principalement des bananes, tubercules frais comme le manioc, patate douce, taro et igname, fruit à pain et produits maraîchers…etc. Elle est destinée essentiellement à l’autoconsommation. Cependant, les coûts élevés de mobilisation et de distribution de l’eau et l’absence des ressources en eau accessibles dans certaines zones, entrainent une faible productivité et un rendement agricole aléatoire. Lorsque les précipitations sont insuffisantes dans certaines zones, l’irrigation semble nécessaire pour couvrir les besoins en eau des cultures. Une pratique peu développée aux Comores. En outre, l’eau utilisée pour l’irrigation par certains provient essentiellement des citernes via la collecte de l’eau de pluie par les toits.  

En effet, le mode d’irrigation le plus pratiqué aux Comores est “l’irrigation entièrement contrôlée” ou petite irrigation dite privée. Il s’agit spécifiquement de l’irrigation manuelle qui consiste à transporter l’eau à partir de la source d’alimentation (un puits, rivières, citernes), à chaque plante avec un seau, un arrosoir…etc. Cette méthode demande moins d’investissements, mais nécessite une main-d’œuvre importante, un long travail et un grand effort sur des faibles surfaces. Cependant, elle est fortement convenable pour l’irrigation des petits jardins de légumes, à proximité immédiate de la source d’eau. Ce qui reste difficile pour la majorité des producteurs de l’archipel.

Par contre l’irrigation des grandes superficies, nécessite le recours à d’autres méthodes d’irrigation plus perfectionnées. Les trois techniques les plus couramment utilisées par exemple en Afrique sont : l’irrigation de surface, l’irrigation par aspersion, et l’irrigation au goutte à goutte.

Pour que l’agriculteur puisse choisir la méthode d’irrigation la plus adaptée, il faut qu’il soit capable d’évaluer les avantages et les limites de chaque méthode. Il doit être capable de sélectionner la technique d’irrigation, qui s’adapte le mieux aux conditions locales. Malheureusement, dans la plupart des cas, il n’y a pas une solution unique : chaque méthode ayant ses avantages et ses incontinents. Les critères essentiels intervenant dans le choix de la méthode d’irrigation convenable à savoir : Les conditions naturelles, la proximité de l’eau, les besoins en main-d’œuvre (présence de groupements humains fortement constitués), les coûts, la qualité du sol et le nature des plantes qui intervient pour modifier les procédés d’irrigation et la quantité d’eau à distribuer.

Tableau 1: Tableau récapitulatif des diverses technique d’irrigation courantes : chaque technologie est accompagnée des principes de conception, la disponibilité des sources d’eau aux Comores.

Technologies d’irrigationConditions techniquesContraintes
Arrosoir : constitue une technique d’irrigation simple et accessible qui est largement pratiquée par les petits exploitants agricoles pour la production de légumes. La technologie ne nécessite que peu d’investissement, mais demande un travail intense.Source d’eau (rivière, ruisseau) à proximité immédiate (< 50m) Irrigation d’un(e) petit(e) jardin/surface (50 à 100 m2)Haute intensité de main-d’œuvre ; Accès à une source d’eau proche ;  
La main avec des seaux, des bidons ; TuyauxSource mixte : eau de surface et souterraine 
Motopompe  Sources d’eau de surface ou d’eau souterraine disponibles Financement des coûts du carburant  Coûts d’investissement Coûts d’exploitation (Peu répandu au Comores)  
Irrigation par aspersionPompage à partir d’une source d’eau proche (eau de surface ou eau souterraine)Coûts d’installation et d’exploitation élevés

Pourquoi les Comores sont en retard sur l’irrigation ?

Les ressources en eaux (rivières, lac, eaux souterraines…etc.) aux Comores ont régressée au cours de ces dernières années.  Le phénomène de déforestation engendre une forte diminution de la ressource en eau et une dégradation des sols. Les trois quarts des rivières permanentes ont disparu à Anjouan et Mohéli. L’île de la Grande-Comore n’ayant pas d’eau de surface,  les populations exploitent les eaux souterraines marginales et fortement exposées aux aléas climatiques. Les communautés rurales des hautes terres, qui représentent 50% de la population des îles comoriennes, dépendent uniquement de la récupération de l’eau de pluie. Les modèles des Nations Unies indiquent une réduction potentielle des précipitations de la saison sèche pouvant atteindre 47% d’ici 2090 aux Comores[7], une augmentation des pluies pendant la saison des pluies et une activité cyclonique plus intense.  Des systèmes de collecte d’eau de drainage et pluviales destiner à l’agriculture pourraient atténuer les besoins agricoles pendant la saison sèche. Cependant, les contraintes dues à la faible compétitivité des produits nationaux, la vulnérabilité des terres à l’érosion, la non-implication des autorités à l’appui du développement agricole des agriculteurs, la baisse de la fertilité du sol, la longue distance à parcourir avant de parvenir à une source d’eau etc constituent un obstacle majeur à la mise en valeur de la production agricole. Ces contraintes que rencontres les agriculteurs pourraient expliquer le freinage de ces derniers à aménager des grandes parcelles agricoles et à s’initier aux techniques d’irrigation pertinentes. La participation des populations à l’agriculture reste à des fins uniques de subsistance, pour nourrir la famille. Malgré les expériences d’irrigation existantes qui intéresseraient plusieurs sites maraichers aux Comores, les populations ne sont pas suffisamment préparées.

Parmi les trois techniques d’irrigation les plus couramment utilisées citées précédemment, certains  sont de gaspillage d’eau. La technique d’irrigation la mieux apprécié est celle de goutte à goutte en termes d’économie d’eau.  Cette dernière aussi appelée micro-irrigation consiste à amener l’eau sous pression dans un système de canalisations, généralement en PVC ; cette eau est ensuite distribuée en gouttes au champ par un grand nombre de goutteurs répartis tout le long des rangées des plantations. La zone humidifiée du sol est celle située au voisinage immédiat des racines des plantes. Par conséquent, cette méthode d’irrigation a un haut degré d’efficience de distribution d’eau. Cette pratique a été initié par une ONG appelée Dahari[8] en utilisant la technique de goutte à goutte sur quatre parcelles situées à Anjouan. Les résultats obtenus sur les cultures testées ont permis de constater une augmentation des rendements moyens à hauteur de 111% par rapport aux parcelles témoins conduites parallèlement avec l’utilisation de l’arrosage classique. L’économie[9] d’eau et/ou le gain de rendement ne suffit pas toujours à justifier le surcoût du goutte-à-goutte. Même s’il varie selon la topographie, la surface, etc., l’investissement peut atteindre tout de même 2 000 à 4 000 €/ha.

Ci-dessous quelques recommandations aux autorités compétentes

Les stratégies de développement de l’irrigation

L’amélioration de l’irrigation passera d’abord par l’élaboration de stratégies nationales à moyen terme, 5 à 10 ans, qui doivent s’inscrire dans une politique globale de développement rural et de gestion des ressources en eau. Entre autre il s’agit de :

  • La volonté de faire participer les agriculteurs à la conception, la planification et à la mise en œuvre des politiques et programmes agricoles ;
  • Le désir de privilégier les petits exploitants ou les groupes d’agriculteurs au détriment des moyens et grandes périmètres ;
  • L’implication des autorités dans la systématisation des expériences et de bonnes pratiques pour un choix d’une méthode d’irrigation adéquate et la prise des mesures incitatives d’encouragement destinée à rendre la technique d’irrigation accessible aux agriculteurs ;
  • L’élaboration/ la conduite des innovations avec l’appui des institutions solides, ONG (Dahari) qui contribuent à créer et à diffuser les meilleures pratiques et les avancées technologiques essentielles aux agriculteurs ;
  • La volonté de promouvoir une recherche sur l’irrigation orientée par la demande des agriculteurs et non plus par l’offre des chercheurs ;
  • Rendre accessible les coûts de l’irrigation afin de permettre aux petits producteurs de contribuer de manière significative à satisfaire leurs besoins agricoles ;
  • Penser à la construire des citernes comme le modèle des citernes du Sahel [10]pour stocker l’eau de pluies afin de faciliter les activités agricoles en période de sècheresse ;
  • Faire des inventaires réguliers des sites maraichers et des techniques d’irrigation utilisées aux Comores par les instituts nationaux  en charge de ces questions en environnementales ;

[1] L’irrigation est le procédé dans lequel l’eau douce est fournie aux plantes à intervalles réguliers pour leur culture. Que ce soit une irrigation de surface, une irrigation localisée, une irrigation souterraine, ou par un système de goutte à goutte, tous ces système contribuent à apporter de l’eau aux plantes. L’irrigation s’accompagne parfois d’un apport de nutriments mélangés à l’eau.
Lire plus: https://www.aquaportail.com/definition-12892-irrigation.html

[2]Référence :  http://www.fao.org/nr/water/aquastat/countries_regions/COM/COM-CP_fra.pdf

[3] FAO/PNUE, (1998). Aménagement des zones côtières en République Fédérale Islamique des Comores, l’île de la Grande Comore : Profil côtier et stratégie de planification, Série de rapports techniques des Mers régionales d’Afrique de l’Est, p 24.

[4] Ministère de la production et de l’environnement des Comores. Profil environnemental de l’Union des Comores.

[5] (3) C’est le facteur le plus important : si on cultive sur des sols trop perméables, l’augmentation des consommations en eau peut tripler (pour des résultats médiocres) et causer, par des infiltrations profondes, une remontée de la nappe phréatique, ce qui provoque en quelques années un excès d’eau ainsi que des problèmes de salinisation. Il faut alors prévoir un réseau de drainage important et très coûteux.

[6] https://daharicomores.org/les-comores/situation-economique/

[7] https://www.adaptation-undp.org/node/5079

[8]  Le goutte-à-goutte est né en 1965 dans un kibboutz d’Israël. Depuis, la technique n’a cessé de se développer et de s’améliorer. Aux États-Unis, depuis plus de vingt ans, les producteurs de grandes cultures ont adopté la technique.   2012, l’ONG Dahari, La micro-irrigation et ses multiples avantages aux Comores

[9] https://www.reussir.fr/grandes-cultures/lirrigation-au-goutte-goutte-cherche-sa-rentabilite

[10] http://www.fao.org/resilience/actualites-evenements/histoire-detail/fr/c/1195828/ : L’initiative 1 million de citernes pour le Sahel

Hikimat Saadi

Hikimat Saadi, Comorienne. Titulaire d'un master en Hydrogéologie obtenu à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Elle détient aussi un Bachelor en Science de la Terre et l'environnement à l'Université des Comores. Membre active du plateforme citoyenne Comores Initiatives.

Cet article comporte 4 commentaires

  1. Hmmm je trouve très intéressant cet article. Surtout du fait que ca parle d’irrigation une pratique très peu pratiquer voir négliger par certains agriculteurs.

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