skip to Main Content
contact@comores-initiatives.com
SARA AHAMED

Réformer le système éducatif comorien pour développer le pays!

Les conflits qu’entraîne un système éducatif inadapté à la situation linguistique de ses habitants.

A travers cette note, nous allons tâcher de faire un état des lieux du système éducatif comorien et de proposer des pistes de réformes pour son amélioration.

  1. Etats des lieux du système éducatif comorien abandonné.

L’archipel des Comores est composé de quatre îles : Anjouan, Mohéli, Mayotte et la Grande Comores, qui sont situées dans le canal du Mozambique.

Sur ce territoire, trois langues officielles coexistent : le shikomori, l’arabe et le français. Chacune ayant un statut ne correspondant pas toujours à la réalité du terrain. L’arabe jouit d’un grand prestige étant rattaché à l’Islam, religion d’état qui structure la société et les mœurs des comoriens. Le français est langue de l’administration, de la politique et des affaires depuis la colonisation. Et le shikomori est la langue première[1] des habitants, utilisée dans la famille, dans les actes de la vie quotidienne, dans les commerces de proximité et dans les rites traditionnels.

Sur ces trois langues officielles, deux sont enseignées : le français et l’arabe. C’est sur cette base que le système scolaire comorien s’est construit.

La première langue d’alphabétisation des comoriens est l’arabe. L’islamisation de l’archipel a donné sur l’apprentissage de la langue arabe et de l’Islam. En effet, dès leur plus jeune âge les enfants sont envoyés au palashiyo ou plus communément shioni qui est l’école coranique communautaire. Ce sont les communautés qui les gèrent. Les enfants y apprennent à lire et à écrire les rudiments de l’arabe afin de se former à la religion et de pouvoir lire des textes religieux, et le coran. Des cours de moral, d’hygiène et de vivre ensemble sont également dispensés au palashiyo (Damir, 2015). Ce dernier a une telle importance aux yeux de la population qu’il prime parfois sur l’éducation étatique. Les enfants suivent avec assiduité le palashiyo et délaissent parfois l’école étatique quand le cursus devient double à l’entrée en primaire. Le palashiyo se superposant à l’école étatique, les enfants et les parents décident d’en délaisser un parfois.

En parallèle à cela, le système scolaire étatique date de la colonisation. Le système éducatif comorien s’organise en plusieurs cycles comme son homologue français. Il y a le préélémentaire qui est payant. Il existe des écoles maternelles privées et semi-privées avec les écoles coraniques rénovées qui accueillent les enfants de 3 à 5 ans sur trois niveaux : la petite, la moyenne et la grande section.

L’entrée à l’école primaire n’est pas simple pour l’enfant. L’enfant qui jusqu’alors apprenait à lire et écrire l’arabe au palashiyo doit maintenant apprendre le français selon des méthodes qui présentent le français comme langue première. L’absence de supports didactiques dans l’école publique en langue comorienne et en français langue seconde ainsi qu’un manque de pédagogie parfois des maîtres, jouent grandement sur les capacités d’apprentissage des élèves. Cette discontinuité entre le préélémentaire et le primaire influence beaucoup les parcours scolaires des enfants. Un quart des élèves entrant dans ce cycle ne le terminent pas (Lacoste, 2016).

Le cycle primaire qui se fait en six ans, soit une année de plus que le système français, se divise en trois catégories : CP (cours préparatoire) 1 et 2, CE (cours élémentaire) 1 et 2, et le CM (cours moyen) 1 et 2. A la fin de ce cycle, les élèves passent un examen leur permettant l’obtention du certificat d’étude, obligatoire pour entrer au collège.

Le premier cycle du secondaire dure quatre ans et propose comme disciplines des enseignements très généraux. Les enseignements dispensés sont : le français, une LV1 (langue vivante) et une LV2, qui sont l’arabe et l’anglais, l’histoire géographie, l’éducation civique, l’éducation islamique, les mathématiques, les sciences de la vie de la terre, la physique, l’éducation physique et sportive et l’art plastique. Le collège est également sanctionné par un examen terminal, le brevet d’études du premier cycle (BEPC).

L’entrée au lycée est conditionnée par l’obtention du BEPC et il dure 3 ans. Il existe plusieurs séries qui se concentrent sur certains domaines en particulier. En seconde, il y a les séries A, C, D, pareil en première avec la série G en plus, la terminale comprend les séries A1, A2, A4, C, D, G. Les séries A et A1 assurent un équilibre entre les disciplines littéraires et scientifiques. La série C privilégie les mathématiques et la physique chimie. La série D privilégie les sciences expérimentales (SVT et physique chimie[2]). La série G privilégie la gestion avec comme disciplines propres à cette série : le droit, la comptabilité, l’économie d’entreprise, l’économie générale, l’informatique de gestion. La série A2 en terminale a la particularité d’avoir comme langue d’enseignement l’arabe. Les enseignements communs à toutes les séries sont : le français, l’anglais, l’arabe, l’histoire géographie, l’éducation civique, l’éducation islamique, les mathématiques et l’éducation physique et sportive. Ces enseignements doivent préparer les élèves au baccalauréat.

Les étudiants peuvent ensuite poursuivre dans des universités à l’étranger s’ils en ont les moyens ou à l’université des Comores. Cette dernière a ouvert en 2003. Elle fonctionne sur le modèle licence, master, doctorat (LMD). L’université des Comores se divise en plusieurs facultés : Lettres et Sciences Humaines, Droit et Sciences Économiques, Sciences et des Techniques et Lettres Arabes et Sciences Islamiques. Elle comprend également, l’Institut de Formation des Enseignants et de Recherche en Éducation, l’Institut Universitaire de Technologie et l’école de Médecine et de santé publique.

  • Les difficultés que provoque un tel système.

Comme nous avons pu le constater aucun enseignement officiellement ne se fait en shikomori, qui est pourtant la langue première des apprenants.

En théorie, l’école se veut ouverte à tout le monde mais le manque de moyens financiers et humains, et une politique éducative inadaptée du fait du mimétisme sur le modèle français rendent la pratique difficile. En effet, le français est la langue de l’enseignement mais son apprentissage pose problème. Elle est abordée comme si c’était la langue première des apprenants, ce qui n’est pas le cas, puisque peu de Comoriens la pratiquent réellement, et donc la maitrisent. Lorsque les enfants arrivent à l’école, seule une minorité d’entre eux la parlent. Selon le PASEC 2010, seulement 7% d’entre eux la parlent.

Aujourd’hui encore l’apprentissage du shikomori n’est pas assez institutionalisé et mis en pratique dans la vie scolaire pour permettre aux élèves dès leurs plus jeunes âge d’intégrer des concepts plus ou moins abstraits et encore moins de se les approprier. Cela a pour conséquence un certain retard scolaire, appuyé par des moyens pédagogiques inappropriés. On observe aussi que parmi les professeurs censés maîtriser le français, il existe des difficultés, pas seulement matériels.

Ainsi, : »55 % des 3 050 enseignants testés en mars et mai 2013 n’avaient pas atteint le niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues – d’après les données du projet Appui au français aux Comores » (Lacoste, 2016)

Les enseignants ont donc recours de manière systématique à l’utilisation du shikomori. Le problème étant que cette utilisation est réalisée de manière non cadrée. Ils ont recours à des emprunts français-comorien qui s’avèrent être une source de confusion plutôt qu’une solution.

L’aménagement linguistique dans le système éducatif ne facilite pas l’apprentissage pour les élèves. Le français est la langue d’apprentissage à l’école mais ne devient pas pour autant langue maternelle. Cela joue grandement sur les résultats scolaires qui ne correspondent pas aux normes internationales et démontrent la dégradation du système scolaire comorien.  Par exemple, le taux de réussite au BAC en 2018 pour la Grande Comore est de 37,46 %.[3] Le taux d’alphabétisation, arabe et français confondus, atteint un taux de 73, 2% en 2015. (INSEED).

Le système éducatif comorien prend comme modèle le système éducatif français qui ne correspond pas du tout à la réalité de la société comorienne. C’est-à-dire, que le système français sur le territoire comorien donne l’accès à la fin du cursus à quelques corps de métiers comme « fonctionnaire », ou dans le secteur de l’éducation, ou dans le secteur médical, mais les débouchées que donne ce système sont très limitées aux Comores pour les étudiants diplômés. Ces derniers sont obligés de quitter le pays pour poursuivre leurs études où trouver du travail ailleurs.

Ce système fait la part belle à la théorie, il n’existe que trop peu d’initiatives encore peu structurés pour l’enseignement professionnel.  

  • Des pistes de réformes.

La société comorienne étant plurilingue, l’éducation pourrait l’être aussi afin de mieux convenir à l’image de la société comorienne.

  • Il serait bénéfique de réévaluer le statut des langues sur l’archipel afin de valoriser le shikomori.

Cette valorisation devrait se faire à l’échelle de la société. Cela devrait s’observer dans les différentes sphères : politique dans un premier temps, afin que les politiques linguistiques et éducatives influencent l’organisation du système éducatif.

En 1994, la loi d’orientation n°94-035/AF sur l’éducation intègre l’apprentissage du shikomori dans le système éducatif. L’enseignement en première année de préélémentaire doit s’appuyer sur la culture et sur la tradition comorienne.

« Un enfant qui lit dans sa langue maternelle et comprend ce qu’il lit, continuera normalement à lire quand il sera adulte – et sera donc en mesure de continuer à apprendre et à étudier de manière indépendante. » (PartnerAid Comores)

Le décret n°09-135 PR du 12 décembre 2009 porte sur la standardisation de l’orthographe du comorien. Cette standardisation est un pas vers la valorisation du shikomori qui pour le moment est minorisé à côté du français et de l’arabe. Néanmoins, son application dans la vie quotidienne n’est pas encore démocratisée. A cause du manque de moyen, le travail de sensibilisation sur la langue et les outils pédagogiques qui pourraient servir à la propagation de cette standardisation sont peu nombreux.

  • Il faudrait donc investir dans la création de ressources pédagogiques en shikomori et les promouvoir dans l’ensemble de la société.
  • Le français pourrait faire l’objet d’un enseignement en tant que langue seconde, cela correspondrait plus à la réalité des apprenants.

Cette réflexion a été prise en compte par les éducateurs et a abouti récemment, à la création d’un Master FLE en 2017[4] (malheureusement des problèmes ont poussé à la fermeture du master pour l’année universitaire 2019-2020).

  • Pour pallier au problème des débouchés limités, il faudrait améliorer l’offre de formation.

Certaines formations devraient disparaître à l’image de la formation AES qui semble n’être qu’une voie de garage. A l’inverse l’enseignement des pratiques de l’économie bleue est une urgence. En outre, il serait bénéfique d’appuyer et promouvoir la formation technique et professionnelle. Par exemple, les Comores est un pays où le secteur agricole et touristique sont trop peu exploité par rapport au potentiel que regorge ces derniers. Cela participerait à la création d’emplois, et permettrait de garder sur son territoire une jeunesse dynamique et porteuse d’avenir.

Bibliographie

Bac comores 2018 : 37,46 de taux de réussite à Ngazidja. (2018, Juillet 25). Consulté le Janvier 19, 2019, sur https://www.habarizacomores.com/2018/07/bac-comores-2018-serie-c-sur-387.html

Comores-France : 45 millions de fc pour soutenir l’ouverture d’un master de «Français langue d’enseignement». (2017, Avril 07). Consulté le Janvier 01, 2020, sur Al-watwan: https://alwatwan.net/education/45-millions-de-fc-pour-soutenir-l%E2%80%99ouverture-d%E2%80%99un-master-de-%C2%ABfran%C3%A7ais-langue-d%E2%80%99enseignement%C2%BB.html

Confemen, P. (2010, Janvier). Rapport PASEC Union des Comores : diagnostic et préconisations pour une scolarisation universelle de qualité. Récupéré sur Pasec: http://www.pasec.confemen.org/publication/rapport-pasec-union-des-comores-diagnostic-et-preconisations-pour-une-scolarisation-universelle-de-qualite/

Damir, B. A. (2015, Avril 30). Approche historique de l’introduction et de l’ancrage de l’Islam dans la société comorienne. Consulté le Janvier 12, 2020, sur http://www.damirbenali.com/

Lacoste, P., & Lionel, L. (2016). L’éducation aux Comores. Un modèle français en phase de lente hybridation. Revue Tiers Monde, 197-221.

PartenerAid Comores – Alphabétisation. (s.d.). Consulté le Décembre 17, 2019, sur https://partneraid.ch/fr/projets/comores-alphabetisation/


[1] Langue première = langue maternelle

[2] Les laboratoires ont disparu depuis les années 1990.

[3] Bac comores 2018 : 37,46 de taux de réussite à Ngazidja. 25 Juillet 2018. https://www.habarizacomores.com/2018/07/bac-comores-2018-serie-c-sur-387.html (accès le Décembre 19, 2019).

[4] «Comores-France : 45 millions de fc pour soutenir l’ouverture d’un master de «Français langue d’enseignement».» Al-watwan. 07 Avril 2017. https://alwatwan.net/education/45-millions-de-fc-pour-soutenir-l%E2%80%99ouverture-d%E2%80%99un-master-de-%C2%ABfran%C3%A7ais-langue-d%E2%80%99enseignement%C2%BB.html (accès le Janvier 01, 2020).

Sara Ahamed

Après une licence de lettres modernes à l'ULCO (Université du Littoral Côte d'Opal), Sara Ahamed termine actuellement son master deux en didactique des langues à l'INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales). Depuis l'enfance, elle cultive son attrait pour la création au travers du dessin, de la couture, et développe son appétence pour la découverte d'autres cultures, grâce aux voyages qu'elle a réalisés. De par ses études et son entourage familial, elle est souvent amenée à réfléchir, et à analyser le fonctionnement de nos sociétés actuelles. Et plus particulièrement la société comorienne, dont elle est originaire de par ses parents, qui lui ont transmis l'envie de préserver le lien avec son pays d'origine et de s’impliquer sur son devenir. Cela a nourri un intérêt grandissant pour les Comores, avec l'intention de pouvoir participer aux réflexions sur l’avenir des Comores.

Cet article comporte 4 commentaires

  1. Jai commencé à lire l’article que tu as écris et je trouve que c’est super bien .
    Je n’ai pas encore lu la totalité. Mais c’est très explicite, les mots sont très bien choisis. Tu as bien exposé la problématique et les solutions à apporter. Ce qui est bien aussi c’est que tu fais référence aux différentes lois, aux décrets et les sondages. La seule chose peut – être et je dis bien peut – être car je ne suis pas du tout une spécialiste 🤦🏽‍♀️😂 c’est peut etre un peu long . Mais au vu de la pertinence de ton article ça donne envie de lire jusqu’au bout.
    Ps: le sujet est vraiment très bien choisit, bravo à toi ! 😉

  2. Félicitations pour cet article bien rédigé et très agréable à lire. Le sujet du système éducatif est très intéressant surtout que on note clairement que il doit y avoir une faille au système quand on voit que les taux de réussite du bac sont faible.
    Je pense aussi que l’apprentissage presque « systèmatique » du français est un atout qui permet aux élèves comorien de très bien maîtriser la langue française et ainsi pouvoir s’ouvrir au monde francophone.

  3. Une très bonne analyse en profondeur sur le sytème éducatif comorien et l’ absence d’ une politique linguistique appropriée. En revanche , je voulais rebondir sur quelques éléments pour donner une précision. L’observation faite ici est biaisée quelque part puisque quand l’auteur parle de palashiyo et son impact sur l’enfant , il ou elle parle forcément de Ngazidja . A Moheli , ce constat n’ existe pas ,il y a moins d’eleves qui abandonnent l’ école dans le cycle primaire . Concernant le modèle d’ enseignement , il n’ est ni un modèle Français ni comorien . Avec un taux de réussite de 30% au bac ,le modèle est unique . Nous avons comme vous l avez souligné un modèle inspiré de la période coloniale. Comment pouvons nous continuer à proposer des sujets d’ examens nationaux avec des thématiques étrangères qui n’ont rien en commun avec nos réalités ? Les sujets doivent aussi porter sur notre histoire , notre langue , notre économie ect . En gros , il faut une réforme en profondeur et une véritable politique linguistique pour valoriser nos variétés dialectales et en faire une langue écrite et unifiée.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back To Top