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Note BACO

« BACO » premier film made in Comores : une fable sur le pouvoir au temps de la crise du troisième mandat en Afrique.

Le film Baco est le premier film de fiction professionnelle de Ouméma Mamadaly,  elle a d’abord réalisé des courts documentaires aux Comores sur les problèmes du secteur agricole et sur les paysans. Avant de tourner Baco, en co-direction avec Kabire Fidaali, rélisateur. Il fut sorti en 1997, sur la scène francophone.

L’histoire, présentée sous forme de conte, se déroule aux Comores et est une satire sur la démocratie dans le Tiers- monde. Un enfant se souvient des évènements s’étant déroulés dans sa famille. C’est une histoire sur son père, un dénommé Baco qui a plusieurs femmes. Aux Comores ou 99 % des comoriens sont musulmans, la polygamie était une pratique fréquente mais ces derniers temps elle tend à reculer.  Baco, qui signifie l’aîné, le sage ou le grand-père, est le personnage principal. Il est marié à dix femmes, a cinquante enfants et une centaine de petits-enfants. C’est un paysan, qui mène une vie relativement confortable car il possède plusieurs plantations dont des plantations d’Ylang-ylang. Cette plante, qui sert de base à tous les grands parfums, est très cultivée aux Comores au point d’être le premier producteur mondial d’essence d’Ylang-ylang.

Dans ce film, Baco remarque que ses femmes, ses enfants et ses petits-enfants remettent en cause ses décisions et ne sont plus d’accord avec lui. En effet, le  prix de l’Ylang-ylang ayant considérablement baissé, ces derniers ne veulent plus le planter. Une protestation s’organise alors dans la famille et Baco décide de convoquer des élections démocratiques pour choisir un chef de clan, qui sera la personne qui gérera le domaine.

Tourné sans fioritures avec les moyens du bord, dans un décor naturel et avec des acteurs amateurs, mais non dénués de talents.  Ce film a su utiliser les techniques modernes comme le travelling en caméra portée, le fondu enchaîné et des plans de séquences bien agencés. Un soin particulier est porté à l’acoustique et surtout aux dialogues en shikomor de Ndzuwani. Le tout est agrémenté par la musique du célèbre Abou Shihabi.

Parler de nos préoccupations

Trois thèmes importants sont abordés dans ce film. La polygamie, la culture de rente ou destinée à la vente au détriment de la culture vivrière et la place de la femme comorienne dans la famille comorienne et même dans la société comorienne.

1. La polygamie, cette dernière est autorisée par la religion musulmane à condition que le mari puisse se montrer équitable envers ses épouses. La pratique de la polygamie existe au sein de la société comorienne. Mais cette dernière est aussi une source de pouvoir, elle permet de se distinguer des autres en montrant qu’on vit mieux que les autres et que nos moyens nous permettent d’assurer plusieurs femme. Cependant, cette polygamie peut être  difficile à gérer. La plupart du temps les épouses se détestent et deviennent même des ennemies (Mchemnywawe en shikomor) et cette haine se transmettent aux enfants surtout quand il y a des biens (Manyahuli) en jeux.

2. La culture de rente ou destinée à la vente au détriment de la culture vivrière. C’est le sujet principal de la discorde familiale présentée dans ce film. La culture de rente fait partie de notre héritage colonial. Depuis la colonisation française jusqu’aujourd’hui, la culture de rente a pris le dessus au détriment de la culture vivrière. Les comoriens se concentrent à cultiver d’Ylang-ylang, de la vanille, du sisal etc., produits destinés à la vente et à l’exportation. Pourtant, le prix de ces produits continue à baisser d’une année à l’autre tandis que la population ne peut se nourrir correctement en raison du prix exorbitant  des produits vivriers. Pour lutter contre la famine, il est donc essentiel que, les Comoriens s’orientent vers l’agriculture vivrière. À la place des produits destinés à l’exportation, ils doivent doubler leurs efforts et cultiver des produits nécessaires au quotidien: le manioc, la banane, etc c’est d’ailleurs ce que les enfants de Baco réclament dans ce film.  

3. Enfin, ce film aborde la place de la femme comorienne dans la famille comorienne et dans la société comorienne. La femme comorienne est toujours considérée comme une femme au foyer qui n’a pas son mot à dire devant les hommes. Pourtant la femme comorienne, est intelligente, c’est une femme travailleuse. Une bonne partie des cultivateurs sont en réalité des cultivatrices, l’apport des femmes comoriennes au sein de la société et de leur famille n’est plus à prouver. En revanche, lorsqu’il s’agit de prendre des décisions importantes pour sa famille, elle se voit écartés et les hommes décident à sa place. Il est temps de renverser la situation pour que la femme comorienne puisse avoir sa place dans les décisions familiales au sein de la société.   Dans  ce film une femme se rebelle et se présente pour devenir chef de famille. Elle se sent capable de gérer les domaines familiaux et connait les besoins de la maison. On peut se dire que si une femme est capable de bien entretenir son foyer, elle est aussi capable de gérer des domaines familiaux en cultivant des produits dont la famille à besoin pour se nourrir au quotidien.

Ce film se distingue enfin par l’utilisation de notre langue le shikomor. Ce fut aussi le premier long métrage comorien. Ce film fut salué par la critique et a même obtenu le Prix spécial du jury au (festival panafricain du cinéma et de la télévision d’Ouagadougou) FESPACO.

Nadjma Ahamada Halidi

Doctorante à Université Paul Valéry Montpellier 3.
Elle s’intéresse à la participation des soldats comoriens au première et seconde guerre mondiale.

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